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Tous les mois, un nouvel édito de Gotlib tiré de "Jactances"

EDITO DU MOIS DE JUIN

 


Lorsque je me trouve en un lieu nouveau, en province ou à l’étranger, pour des vacances, pour le travail (il m’arrive d’exercer les fonctions de grand reporter, d’ailleurs ne m’appelle-t-on pas le Cartier-Bresson de la BD) vous ne devinerez jamais l’endroit où je me précipite en priorité, toutes affaires ces-santes.
Ça n’est ni au bar, ni au restaurant, ni dans un musée ou une exposition.
Je ne me précipite pas non plus au claque ou dans le quartier chaud du coin (à moins d’une urgence).
Ni aux toilettes (à moins d’une urgence aussi).
Tout ça, ça vient bien après.
Le premier endroit où je me précipite dès que j’ai un moment de libre, c’est le zoo.

Je connais presque tous les jardins zoologiques de France et de Navarre.
Encore qu’il faille faire une réserve à la précédente déclaration : il y a très peu de zoos en Navarre.
J’ai regardé sur internet (ou sur L’internet, je ne sais pas s’il faut mettre l’article défini. Moi je ne le mets pas mais des tas de gens le mettent. Mais, me demanderez-vous, où est le rapport avec le sujet qui nous occupe? Mais, vous répondrai-je, nulle part. C’est pourquoi je vais m’empresser de revenir au sujet qui nous occupe. C’est-à-dire, qui m’occupe, moi. Parce qu’en ce qui vous concerne, je ne suis pas sûr. Et donc, cela m’a-mène à refermer cette parenthèse très longue qui m’a permis, entre paren-thèses (c’est le cas de la dire, (ceci est une parenthèse dans la parenthèse)) qui m’a permis, disais-je, de gagner un bon paragraphe de conneries. Or donc, refermons cette putain de parenthèse(1).

Non, je voulais dire par là que, aimant bien visiter les zoos, il me revient en mémoire un événement qui eut lieu, voilà quelques décennies, et qu’il se-rait dommage de ne point narrer ici.
Je veux le faire depuis très longtemps mais j’oublie à chaque fois.
Heureusement, aujourd’hui, j’ai fait un nœud à mon mouchoir.
Comme ça je m’en rappelle (c’est pas mal jusqu’ici).

Donc voici notre groupe au jardin zoologique, parents, amis, enfants, devisant joyeusement, nous esclaffant aux pitreries des singes, enfonçant le visage des mômes dans leurs barbes à papa quand un grand mâle enfile une guenon par derrière en mangeant une banane par devant, nous voici donc au jardin zoologique en train de faire la queue devant les cages des singes.

D’un seul coup, je me dis par-devers moi « Mince (quand je me parle par devers moi je suis correct, par devers les autres j’aurais dit merde), mince, que je me dis par devers-moi en regardant ma montre, il se fait tard. Il va falloir penser à rentrer parce que sans ça on va se retrouver en plein dans les embouteillages. »
Je me retourne vers les amis avec qui je visitais le zoo (vous vous rappelez?) pour leur faire part de mes réflexions sur l’heure qui passe les embouteil-lages et tout ça.
D’un seul coup, revenant à mon poignet, je m’aperçois que je n’avais pas de montre.
Et en effet, j’avais ressenti une sorte d’impression fugi-tive, comme une caresse, pendant que je regardais les singes.
Un pickpocket !

Ce jour-là je me suis fait gauler ma montre par un pickpocket.
Une montre qui m’avait été offerte par une personne que j’avais beaucoup aimé autrefois.
J’éclatai en sanglots.

Nous continuâmes la visite.
Je pleurais à grosses gouttes comme s’il en pleuvait et mon entourage, amis, parents, enfants, faisait de son mieux pour me consoler.
Ma jeune et charmante épouse détourna habilement mon atten-tion en me désignant le stand des bestioles suivantes : « Regarde là-bas mon chéri, les jolies girafes! Viens, on va aller voir les jolies girafes.»
Et elle ajouta en me tendant un mouchoir, « Tiens, essuie ton nez et ne pleure plus. Oh, mais c’était un gros chagrin, ça madame. »

Donc, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous voilà devant une très grande girafe, ce qui est un pléonasme.
J’étais très ému.
Ma vue à commencé à se brouiller.
Allais-je me remettre à pleurer? Le pickpocket m’a-vait-il dérobé aussi mes lunettes?
Non, en réalité, c’était un filet de bave que j’avais vu naître, tout petit, tout mignon, tout là-haut... puis grandir, grandir, grandir, jusqu’à m’atteindre de plein fouet au visage.

Mais je m’aperçois soudain que le temps passe et que je dois me casser si je ne veux pas être pris dans les embouteillages.
À plus tard(2).

(1) - Finalement, j’ai décidé de ne pas refermer la parenthèse. J’ai très chaud et un petit courant d’air ne me fait pas de mal.
(2) - Merde, ma montre!

 

 

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